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Radu Ciobotea. Le mot vécu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
29-11-2010

Radu Ciobotea, Le mot vécu. Le reportage français et roumain dans l’entre-deux-guerres, Orizons, 2010

 La francophonie, entre journalisme et littérature

 Ce que l’on nomme francophonie roumaine date du XIXe siècle, voire du XVIIIe, alors que les échanges littéraires, artistiques, universitaires, pédagogiques, politiques allaient bon train entre la France et la Roumanie. Mais au cours de la première moitié du XXe siècle, plus exactement dans l’entre-deux-guerres, littérature et langue françaises sont à leur apogée chez les Roumains, qu’ils demeurent dans leur pays ou qu’ils vivent en exil.

L’ouvrage de Radu Ciobotea, journaliste, universitaire et diplomate, est à la fois très documenté et d’une grande précision ; fruit de recherches et de lectures approfondies, il s’inscrit dans la longue histoire de la francophonie roumaine. Il ne se situe pas en premier lieu du côté de la littérature, mais du côté du reportage, qui en est une branche, comme il le dit lui-même : « Littérature et reportage ne sont plus deux notions différentes et divergentes ». Il insiste en particulier sur l’interdépendance entre les cultures roumaine et française, et sur la « synchronisation » des deux sociétés, en s’appuyant sur l’expression journalistique – qui n’est pas étrangère à l’œuvre de nombreux écrivains, parmi lesquels Albert Londres, Joseph Kessel, Henri Béraud, Paul Morand, Blaise Cendrars et, chez les Roumains, Emil Cioran, Panait Istrati, Petre Cormanescu, Stéphane Roll, Saşa Pană, Geo Bogza, F. Brunea-Fox…

Après avoir défini le genre du reportage, Radu Ciobotea étudie ses rapports avec l’avant-garde littéraire, le sensationnalisme, l’aventure, le voyage, la politique, dans un constant aller-retour entre la Roumanie et la France (et plus généralement l’Europe) ; il en analyse les techniques narratives, les rapports avec le réel et avec la fiction, les enjeux historiques, idéologiques, esthétiques, et n’hésite pas à illustrer concrètement ses propos, en rappelant par exemple l’existence et l’importance de la Compagnie Franco-Roumaine de Navigation Aérienne, ou en racontant comment les reporters F. Brunea-Fox et Ieronim Şerbu ont eu recours à la « technique d’infiltration » pour se documenter sur les mondes interlopes. Il relate les pérégrinations de reporters-écrivains roumains, qui ont parcouru tous les continents pour donner à leurs lecteurs des images du monde, et resserre son objectif sur l’image de la Roumanie dans le reportage français, et inversement : « Paris est un sujet de prédilection pour le reportage roumain, tandis que Bucarest est un sujet frêle pour le reportage français. Cependant, les deux variantes ont un trait en commun : les reporters cherchent à chasser les clichés que le public connaît déjà » (où l’on voit que les clichés sur la Roumanie ne datent pas d’aujourd’hui…). Les « charmes » de la France passent, entre autres, par les plumes de Mihail Sebastian, Cioran, Liviu Rebreanu, Eugen Relgis, Victor Eftimiu, I. Marius-Mircu…

Le mot vécu aborde les relations franco-roumaines sous les angles divers que permet l’étude du reportage, entre actualité immédiate et élaboration littéraire. Ouvrage important, donc, pour qui s’intéresse à la fois au genre du reportage et à la riche histoire de la francophonie et de la francophilie roumaines.

Jean-Pierre Longre

Un site à visiter : editionsorizons.com

 

 
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