hot links menu
Olga Bancic, une Roumaine dans la résistance Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-02-2017

 

 

A  Vaulx-en-Velin samedi 24 février 2018

 

 

→ Cérémonie officielle  au square Manouchian, angle des avenues Garibaldi et Roger-Salengro Vaulx-en-Velin La Côte suivi d'un...  

→ Hommage musical et lecture de textes à la maison des fêtes et des Familles, 1, rue Louis Saillant, Vaulx-en-Velin.

 

  

 

Ci-dessous, des photos de la commémoration du groupe Manouchian à Vaulx-en-Velin samedi 25 février 2017.

L'association Rhône Roumanie remercie particulièrement Anca Bene et Nadia Iusico d'avoir participé à la lecture d'un souvenir laissé par Olga Bancic à sa fille.

Anca Bene, comédienne roumaine, a incarné avec talent, émotion et conviction le personnage de la résistante, qui adressa, par l'intermédiaire de l'association de la Croix Rouge française, une dernière lettre à son enfant prénommée Dolorès, avant son exécution par le régime nazi à Stuttgart le 10 mai 1944.

« Ma chère petite fille, mon cher petit amour.

Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.

Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.

Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur.

Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.

Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.

Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.

Adieu mon amour.

Ta mère. »

“ Micuta mea dragoste!

Mama ta îti scrie ultima scrisoare, mica mea iubita!  Maine la ora 6, pe 10 mai, nu voi mai fi, odorul meu nepretuit! Dragostea mea, sa nu plangi, fiindca mama ta nu plange nici ea. Mor cu constiinta împacata si cu toata convingerea ca maine vei avea o viata si un viitor decat mama ta. N-o sa mai trebuie sa suferi. Fii mandra de mama ta, mica mea dragoste. Am întotdeauna în fata ochilor imaginea ta. Cred ca-ti vei vedea tatal, am speranta ca el va avea o soarta diferita. Spune-i ca m-am gandit mereu la el ca si la tine. Va iubesc din tot sufletul. Amandoi îmi sunteti dragi. Dragul meu copil, tatal tau este, pentru tine, ca si o mama. Te iubeste mult. Nu vei simti lipsa mamei tale.

Dragul meu copil, termin scrisoarea cu speranta ca vei fi fericita toata viata cu tatal tau, cu toata lumea. Va sarut din tot sufletul, mult, mult, mult. “ Va sarut din tot sufletul, mult, mult, mult.

Miica mea fiică iubită

Adio, dragostea mea,

Mama ta Olga”

           

A l'issue de la cérémonie, un buffet a permis aux invités de la mairie la découverte de spécialités arméniennes, moldaves et roumaines. Il était préparé par L'Union Culturelle des Arméniens de France, l'Association des Moldaves de Lyon et Rhône Roumanie. Le vin en provenance de Roumanie de l'Utile (épicerie roumaine à Lyon) ainsi que celui de Moldavie ont été fort appréciés :)

 

Olga Bancic

En 2013, à Paris, dans le XIVe arrondissement, le square anciennement Godefroy Cavaignac a été renommé Olga Bancic. La même année a été apposée une plaque à sa mémoire au 114  de la rue du Château dans le XVe, là où elle avait vécu. 

Mais qui était Olga Bancic ?  

Pour aller vite ou pour mieux dire aller à l’essentiel, elle était la vingt troisième et la seule femme du groupe des 23 combattants clandestins de l’intérieur (F.T.P- M.O.I : francs tireurs partisans- main d’œuvre immigrée) du groupe Manouchian, dénoncés par l’Affiche Rouge en 1944 (voir doc.). Alors que ces derniers furent fusillés peu après, sa fin fut différente. Emmenée en Allemagne, elle fut décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944 : elle avait 32 ans.              

Mais quel fut son parcours, pour en arriver à cette fin tragique ?

Olga Bancic était née en 1912 dans une famille juive de la ville de Kichinev en Bessarabie, province tsariste à l’époque, mais qui en 1918 va appartenir à ce qu’on appellera la Grande Roumanie. Très vite elle s’engage dans la vie militante pour la défense des classes laborieuses. Elle appartenait au parti communiste et constitua avec sa compatriote Hélène Taîch un front populaire. En 1929, elle se marie avec Solomon Jacob qui deviendra journaliste puis écrivain sous le nom de plume d’Alexandru Jar, lui-même très engagé à gauche.

Après 1920, en Roumanie, si l’acquisition de nouveaux territoires a satisfait l’orgueil national, elle inquiète aussi : des minorités se sont constituées, relativement importantes, juive, hongroise, qui posent question à l’identité nationale. Un mouvement se forme: la Garde de Fer du capitaine Codréanu avec ses légionnaires qui sont ouvertement antisémites. De plus, le communisme international, même minoritaire, est très mal vu. Olga est inquiétée, arrêtée.

Elle et son mari vont se tourner vers la France. Le pays est attractif pour les Roumains, sa renommée culturelle et artistique sans égale, la langue, de la même origine latine. En 1938, c’est l’arrivée dans notre pays pour des études de lettres.

En 1939 elle donne naissance à la petite Dolorès, qu’elle va confier bientôt à une famille française. En effet en 1940 la France est envahie et Olga s’engage sous le pseudonyme de « Pierrette » dans l’organisation de résistance des F.T.P-M.O.I . Elle participe à un nombre important d’actions. En 1943, le groupe Manouchian dont elle fait partie, les « 23 » dénoncés par l’Affiche Rouge (cf doc) sont arrêtés et condamnés à mort, puis fusillés : son destin sera différent (voir début de l’article).

  Onze ans après, en 1955,  Aragon rendra hommage au sacrifice de ce groupe par une émouvante poésie  STROPHES POUR SE SOUVENIR. (*) Nous en rappellerons la dernière : 

 

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

 

        En se souvenant d’Olga Bancic il faudrait aussi évoquer un autre citoyen roumain qui joua un rôle important dans l’histoire de la résistance en particulier dans notre région. Il s’agit de Georges Filip-Lefort, honoré en 2008 par une légion d’honneur et en 2015 à l’occasion de son décès par un hommage de J.P. Bret, le maire de Villeurbanne.

A peu de choses près son parcours à l’origine fait penser à celui d’Olga Bancic.  Il était né en Transylvanie, à Oradéa, à la frontière hungaro-roumaine en 1919, d’une famille juive. Pour les mêmes raisons qu’elle, on peut le supposer, il arrive en France en 1938, pour y suivre des études d’ingénieur. Trois ans après, il rentre en résistance et rejoint les F.T.P-M.O.I. . On le retrouve à l’été 44, responsable de l’interrégion H14 dans la formation CARMAGNOLE. Il va jouer un rôle majeur avec le capitaine Lamiral dans ce qu’on appellera  l’insurrection de Villeurbanne, en particulier en s’opposant avec ses hommes à une colonne de panzers évitant ainsi un massacre.

                                  En conclusion, nous rappellerons Jean Paul Bret : « Georges Filip-Lefort appartient pour toujours à cette jeunesse innocente et héroïque, farouchement éprise d’une liberté qu’elle nous a laissée en héritage ». 

                                  Ce qui vaut pour Olga Bancic . 

                                                                                  R. Martin

                                   

(*)  

Louis Aragon, auteur du XXème siècle, a écrit "Strophes pour se souvenir", poème extrait du Roman Inachevé, en 1955, en mémoire du groupe Manouchian, résistants étrangers fusillés par la Gestapo en 1944. L'annonce de leur condamnation avait été faite par le biais d'une affiche reproduisant leurs photographies.

Ce texte a été interprété par différents chanteurs français: Léo Ferré, Leny Escudero, Bernard Lavilliers... Vous pouvez ici écouter Catherine Sauvage chanter le poème renommé L'affiche rouge . Clic

 

L'armée du crime, de Robert Guédiguian, est un film qui retrace le parcours du groupe de résistants des FTP-MOI.

Olga Legrand y interprète le rôle d'Olga Bancic. clic

Sortie 2009. Durée 2h19.

Le film sera projeté au cinéma Les Amphis le 23 Février à 19h00. Entrée libre avec un échange public à l'issue de la projection.

 

 

 

 

 
< Précédent   Suivant >